La prothèse de genou fait partie des interventions les plus pratiquées en chirurgie orthopédique, et son bilan est solide : la très grande majorité des patients opérés retrouvent une marche indolore et un quotidien redevenu normal. Il existe pourtant un décalage fréquent entre ce que les personnes imaginent avant l’opération et ce qu’elles vivent après, et ce décalage porte presque toujours sur le même point : le temps.
Une prothèse de hanche fait souvent oublier son existence en quelques semaines. Une prothèse de genou demande davantage de travail, et son résultat se juge à un an. Savoir cela à l’avance change complètement le vécu de la convalescence.
Qu’est-ce qu’une prothèse de genou ?
Le genou n’est pas une simple charnière. Il combine flexion, extension et une rotation automatique, et sa stabilité repose sur des ligaments plutôt que sur un emboîtement osseux. Une prothèse doit donc reproduire un fonctionnement plus complexe que celui de la hanche, ce qui explique les différences de récupération entre les deux.
L’intervention consiste à retirer quelques millimètres d’os et de cartilage usés à l’extrémité du fémur et du tibia, puis à les recouvrir de pièces métalliques entre lesquelles s’intercale un plateau en polyéthylène qui joue le rôle du cartilage. On parle de prothèse totale lorsque l’ensemble de l’articulation est remplacé, et de prothèse unicompartimentale lorsque seule la moitié du genou est usée : cette dernière, moins invasive, conserve les ligaments croisés et offre une récupération plus rapide, mais elle suppose que le reste du genou soit sain.
Quand est-elle indiquée ?
La cause principale est l’arthrose évoluée, plus rarement une polyarthrite rhumatoïde, une nécrose osseuse ou les séquelles d’un traumatisme. Mais l’indication ne se lit pas sur la radiographie : c’est le retentissement quotidien qui décide.
Les critères qui pèsent réellement sont la douleur persistante malgré un traitement bien conduit, la douleur nocturne qui réveille, la réduction du périmètre de marche, la difficulté à monter un escalier ou à sortir de voiture, et la limitation des activités qui comptent pour la personne. Un genou radiologiquement très abîmé mais peu douloureux ne justifie pas d’opérer. À l’inverse, un genou moyennement dégradé mais qui empêche de dormir et de marcher mérite d’être discuté. Avant d’en arriver là, les mesures conservatrices doivent avoir été réellement essayées : renforcement musculaire, adaptation des activités, perte de poids, antalgiques, infiltrations et cannes.
Comment se déroule l’intervention ?
L’opération dure en général une à deux heures, sous anesthésie générale ou rachianesthésie. Cette dernière, qui n’endort que le bas du corps, est très souvent préférée car elle réduit les nausées et facilite la gestion de la douleur des premières heures.
Le chirurgien accède au genou, retire les surfaces usées avec une grande précision et positionne les implants, cimentés ou non selon la qualité de l’os. L’équilibre des ligaments est vérifié tout au long de l’intervention, car c’est lui qui conditionne la sensation du genou après l’opération. Diverses aides techniques existent, guides personnalisés, navigation ou assistance robotisée, qui améliorent la précision du positionnement ; les données disponibles montrent surtout un gain sur la reproductibilité, sans bouleverser les résultats à long terme.
Que se passe-t-il les premières semaines ?
La durée d’hospitalisation s’est nettement réduite et se situe le plus souvent entre deux et cinq jours, certaines équipes pratiquant même l’ambulatoire chez des patients sélectionnés. Le lever et les premiers pas ont lieu dès le jour de l’intervention ou le lendemain, avec un déambulateur puis des cannes.
La rééducation commence immédiatement et poursuit deux objectifs prioritaires : récupérer l’extension complète, c’est-à-dire un genou qui se tend parfaitement, et regagner la flexion. L’extension est la plus importante des deux, car un genou qui ne se tend pas complètement rend la marche fatigante et douloureuse de façon durable. Le gonflement et la chaleur locale sont normaux pendant plusieurs semaines, et le froid appliqué régulièrement apporte un réel confort. Les cannes sont abandonnées vers la troisième à sixième semaine, et la conduite redevient possible vers la quatrième à sixième semaine.
Quelle récupération à moyen terme ?
La rééducation se poursuit deux à trois mois, en cabinet ou en centre selon l’autonomie et l’entourage. La marche redevient confortable vers le deuxième ou troisième mois, la flexion utile pour monter et descendre les escaliers s’acquiert progressivement, et la reprise du travail se situe entre six semaines pour un poste assis et trois à quatre mois pour un métier physique.
Il faut savoir que le résultat continue de s’améliorer bien après la fin des séances, jusqu’à un an et parfois au-delà. Des sensations particulières persistent longtemps chez beaucoup de patients : une zone d’engourdissement sur le bord externe de la cicatrice, liée à la section de petits filets nerveux, une impression de genou un peu différent du genou naturel, une sensibilité à genoux. Ces particularités ne signent pas un problème et elles s’atténuent avec le temps. La flexion finale se situe habituellement entre 110 et 130 degrés, suffisante pour la vie courante, mais l’agenouillement complet reste souvent inconfortable.
Quelles activités après une prothèse ?
La marche, la randonnée sur terrain régulier, le vélo, la natation, le golf, l’aquagym et la gymnastique douce sont encouragés, car l’activité entretient la musculature et la qualité osseuse. La reprise du ski de piste sur pentes faciles ou du tennis en double est possible pour des personnes déjà pratiquantes, après discussion avec le chirurgien.
Les activités déconseillées sont celles qui combinent impacts répétés et pivots : course à pied régulière, sports collectifs, sports de combat, saut. La raison est mécanique : ces contraintes accélèrent l’usure du plateau en polyéthylène et sollicitent les ancrages des implants. La durée de vie moyenne d’une prothèse de genou dépasse aujourd’hui quinze à vingt ans, et une part importante des implants dépasse même ce cap. Une reprise chirurgicale reste possible en cas d’usure, avec des résultats généralement bons, ce qui autorise à envisager sereinement l’intervention même avant 65 ans.
Quels sont les risques ?
Comme toute intervention, la pose d’une prothèse comporte des risques, rares mais réels, qui doivent être connus. L’infection concerne environ un patient sur cent et fait l’objet de précautions rigoureuses avant et pendant l’intervention. La phlébite est prévenue par un traitement anticoagulant et par la reprise précoce de la marche. La raideur, principale complication fonctionnelle, se prévient par une rééducation assidue dans les premières semaines, ce qui explique l’insistance des équipes sur cette période.
Ces chiffres méritent d’être mis en regard du bénéfice : la satisfaction après prothèse totale de genou est élevée, et la disparition des douleurs nocturnes est en général le changement que les patients citent en premier. Bien indiquée et suivie d’une rééducation sérieuse, cette intervention permet de retrouver durablement une vie active.
Questions fréquentes
Combien de temps avant de marcher normalement ?
La marche avec cannes commence dès le lendemain, l’abandon des cannes intervient entre la troisième et la sixième semaine, et la marche véritablement fluide s’installe vers le deuxième ou troisième mois. Les progrès se poursuivent ensuite pendant plusieurs mois.
Peut-on s’agenouiller après une prothèse de genou ?
C’est possible mais souvent inconfortable, en raison de la sensibilité de la zone de cicatrice et de la modification des tissus. Beaucoup de patients y parviennent en s’aidant d’un coussin, sans que cela présente le moindre danger pour la prothèse.
Faut-il attendre le plus longtemps possible avant de se faire opérer ?
Attendre au-delà du raisonnable n’apporte rien de bon : la fonte musculaire, l’enraidissement et la perte d’autonomie rendent la récupération plus difficile. La bonne fenêtre est celle où la douleur limite réellement le quotidien malgré un traitement bien mené.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. La décision d’une prothèse se prend avec un chirurgien orthopédiste, au regard de votre situation personnelle.