Quintus varus (bunionette) : causes, symptômes et traitements

Le quintus varus est l’exact miroir de l’hallux valgus, transposé de l’autre côté du pied. Là où l’hallux valgus fait saillir la base du gros orteil vers l’intérieur, le quintus varus fait saillir la base du cinquième orteil vers l’extérieur. On l’appelle aussi bunionette, littéralement petit oignon, et le surnom traduit bien la parenté entre les deux déformations.

Moins connu, il est aussi moins souvent pris au sérieux. Pourtant la gêne qu’il provoque est loin d’être négligeable, car la zone concernée se trouve précisément là où la chaussure exerce sa pression latérale la plus forte. Une déformation de quelques millimètres suffit à rendre la plupart des chaussures fermées inconfortables.

Qu’est-ce que le quintus varus ?

Le cinquième métatarsien forme le bord externe du pied. Normalement, sa tête reste dans l’alignement de l’avant-pied et ne dépasse pas du contour. Dans le quintus varus, ce métatarsien s’écarte vers l’extérieur alors que le petit orteil, lui, se replie vers l’intérieur, en direction du quatrième.

Le résultat est une proéminence osseuse sur le bord externe du pied, au niveau de l’articulation entre le cinquième métatarsien et sa phalange. La peau qui la recouvre subit un frottement permanent contre la chaussure, ce qui déclenche une inflammation de la bourse séreuse locale et, à terme, un durillon épais. L’avant-pied dans son ensemble s’élargit, ce qui explique que la déformation soit fréquemment associée à un hallux valgus : le pied s’étale des deux côtés.

Quelles sont les causes ?

La forme innée du cinquième métatarsien est déterminante. Certains sont naturellement plus divergents, ou présentent une courbure vers l’extérieur, ce qui prédispose à la déformation dès le jeune âge. Comme pour l’hallux valgus, la prédisposition familiale est nette.

Le chaussage agit ici comme un accélérateur particulièrement efficace, car la pression latérale d’une chaussure étroite s’applique directement sur la zone concernée. Les chaussures pointues, les modèles rigides sur le côté et les bottines serrées entretiennent le processus. Un avant-pied déjà élargi par un pied plat ou par un hallux valgus expose davantage. Enfin, l’hyperlaxité ligamentaire et certains rhumatismes inflammatoires figurent parmi les facteurs favorisants.

Comment se manifeste-t-il ?

La douleur est franchement liée au chaussage, plus encore que dans l’hallux valgus. Elle se situe sur le bord externe du pied, apparaît après quelques heures dans des chaussures fermées, et disparaît presque complètement pieds nus ou en sandales. Ce contraste très marqué est caractéristique.

Vous observez une bosse dure sur le bord externe, souvent rouge ou légèrement gonflée en fin de journée, recouverte d’une peau épaissie. Le petit orteil peut se placer sous ou sur le quatrième, avec parfois un conflit entre les deux et un durillon dans l’espace qui les sépare. Quand la déformation progresse, une douleur plantaire peut apparaître sous la tête du cinquième métatarsien, signe que la répartition des appuis s’est modifiée.

Quel bilan réaliser ?

L’examen clinique reconnaît immédiatement la déformation. Le praticien évalue la réductibilité de l’orteil, la souplesse de l’avant-pied, la présence d’un conflit avec le quatrième orteil, et recherche systématiquement un hallux valgus associé, car les deux se traitent souvent dans le même temps.

Les radiographies en charge mesurent l’angle entre le quatrième et le cinquième métatarsien, ainsi que la largeur globale de l’avant-pied. Elles permettent de distinguer les différents types de bunionette : une simple grosseur de la tête métatarsienne, une courbure du corps de l’os, ou un écartement franc entre les deux derniers métatarsiens. Cette distinction n’est pas académique, car elle détermine le geste chirurgical si celui-ci devient nécessaire.

Quels traitements sans chirurgie ?

Le traitement conservateur donne de très bons résultats sur la douleur, à condition d’accepter que la déformation elle-même ne se corrigera pas. Comme la gêne est presque entièrement liée au frottement, supprimer ce frottement suffit souvent à retrouver un confort normal.

Le levier principal est donc la chaussure : un modèle large à l’avant, souple sur les côtés, sans couture ni renfort au niveau de la proéminence. Les protections en silicone ou en gel placées sur la bosse absorbent le frottement résiduel. Un séparateur souple entre le quatrième et le cinquième orteil règle les conflits interdigitaux. Des semelles orthopédiques redistribuent les appuis lorsqu’une douleur plantaire s’est installée. Les soins de pédicurie, en réduisant le durillon, apportent un soulagement rapide. Les anti-inflammatoires locaux sont utiles pendant les phases inflammatoires, sans avoir d’effet sur l’évolution.

Quand la chirurgie est-elle indiquée ?

Elle se discute lorsque la douleur persiste malgré un chaussage adapté et limite le quotidien, en particulier lorsque le port de chaussures fermées devient impossible dans un contexte professionnel. La déformation seule, sans douleur, ne justifie pas d’opérer.

Le geste consiste le plus souvent en une ostéotomie du cinquième métatarsien : l’os est sectionné puis repositionné vers l’intérieur, ce qui réduit la largeur de l’avant-pied et fait disparaître la proéminence. La fixation se fait par une vis ou une broche. Lorsque seule la tête de l’os est trop volumineuse, un simple rabotage peut suffire. La voie percutanée est très utilisée pour cette localisation, avec des incisions de quelques millimètres. Lorsqu’un hallux valgus coexiste, les deux corrections sont réalisées dans la même intervention, ce qui évite deux convalescences successives.

Comment se déroule la récupération ?

L’intervention se pratique en ambulatoire, sous anesthésie locorégionale du pied. L’appui est autorisé dès le jour même en chaussure de protection, portée environ quatre à six semaines selon le geste réalisé. Le bord externe du pied reste sensible à la pression pendant quelques semaines.

Le gonflement met deux à trois mois à disparaître, comme pour toute chirurgie de l’avant-pied, et la surélévation du pied les premiers jours en réduit nettement l’importance. Le chaussage habituel redevient confortable vers le troisième mois, l’activité sportive vers le quatrième à sixième mois. Les suites sont en général plus simples que celles d’un hallux valgus, car le cinquième métatarsien supporte une charge moindre.

Questions fréquentes

Quintus varus et hallux valgus sont-ils liés ?

Ils partagent les mêmes mécanismes d’élargissement de l’avant-pied et coexistent fréquemment. On parle alors d’avant-pied élargi, et les deux déformations sont volontiers corrigées au cours de la même intervention.

Les protections en silicone suffisent-elles ?

Elles suffisent très souvent, à condition d’être associées à des chaussures suffisamment larges. Beaucoup de personnes vivent sans gêne notable avec cette seule adaptation, en réservant la chirurgie aux situations où le chaussage reste impossible.

La déformation peut-elle s’aggraver avec le temps ?

Elle progresse en général lentement, sur de nombreuses années, et l’évolution est étroitement liée au chaussage. Un pied laissé au large voit son inconfort se stabiliser, alors qu’un chaussage serré entretient le frottement et accélère la gêne.

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas de douleur persistante du bord externe du pied, consultez votre médecin.

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