Névrome de Morton : symptômes, causes et traitements

Certaines douleurs du pied trompent parce qu’elles ne viennent pas de là où elles se manifestent. Le névrome de Morton en fait partie : la sensation se situe entre les orteils, souvent entre le troisième et le quatrième, mais l’origine du problème est un nerf comprimé un peu plus haut, dans l’espace étroit qui sépare deux métatarsiens.

Ce n’est d’ailleurs pas une tumeur, contrairement à ce que le mot névrome laisse craindre. Il s’agit d’un épaississement fibreux du nerf, une réaction de défense face à des frottements répétés. Cette nuance rassure, et elle éclaire aussi le traitement : on ne cherche pas à retirer quelque chose de dangereux, on cherche à redonner de la place à un nerf à l’étroit.

Qu’est-ce que le névrome de Morton ?

Entre chaque paire de métatarsiens passe un nerf digital, chargé de la sensibilité des orteils. Au-dessus de lui court un ligament transverse solide, qui maintient l’architecture de l’avant-pied. Le nerf se trouve donc dans un couloir dont le plafond est rigide et les parois osseuses.

À chaque pas, lorsque les orteils se relèvent, le nerf est plaqué contre ce ligament. Si l’espace se rétrécit, par affaissement de l’avant-pied ou par compression latérale, le contact devient répété et traumatisant. Le nerf répond en s’entourant de tissu fibreux, ce qui l’épaissit. Le piège se referme alors : plus il grossit, moins il a de place, et plus il est comprimé. Le troisième espace intermétatarsien est le plus souvent touché, car le nerf y reçoit deux branches et présente naturellement un calibre plus important.

Quelles sont les causes ?

Les chaussures étroites à l’avant, en rapprochant les métatarsiens, constituent le facteur le plus souvent en cause. Les talons hauts s’y ajoutent en reportant la charge sur l’avant-pied et en majorant la mise en tension du nerf. Ce sont les femmes de 40 à 60 ans qui consultent le plus souvent pour ce motif.

Les troubles de la statique du pied jouent un rôle important. Un avant-pied élargi, un pied plat, un hallux valgus qui modifie la répartition des appuis ou un deuxième métatarsien trop long créent des conditions mécaniques favorables. La course à pied, la danse et les sports d’impact augmentent la fréquence des microtraumatismes. Une prise de poids, en majorant les contraintes, coïncide souvent avec l’apparition des symptômes.

Quels sont les symptômes ?

La douleur est décrite de façon très caractéristique : une brûlure, une décharge électrique, ou la sensation de marcher sur un caillou ou sur un pli de chaussette qu’on ne parvient pas à faire disparaître. Elle irradie vers les deux orteils concernés et s’accompagne fréquemment de fourmillements ou d’un engourdissement.

Le comportement de cette douleur est plus révélateur encore que sa nature. Elle augmente à la marche, surtout en chaussures fermées, et impose souvent de s’arrêter pour se déchausser et masser l’avant-pied, geste qui soulage franchement. Elle disparaît largement au repos et pieds nus. Cette alternance nette entre la marche chaussée et le pied libre est l’un des meilleurs indices cliniques.

Comment le diagnostic est-il posé ?

L’examen clinique est très informatif. La pression entre les deux têtes métatarsiennes concernées reproduit la douleur habituelle. La compression latérale de l’avant-pied peut provoquer un ressaut perceptible, appelé signe de Mulder, qui correspond au passage du nerf épaissi entre les os. La recherche d’une diminution de la sensibilité sur les faces en regard des deux orteils complète l’examen.

L’échographie, réalisée par un opérateur habitué au pied, visualise l’épaississement et en mesure la taille. L’imagerie par résonance magnétique est réservée aux cas douteux ou lorsqu’il faut écarter une autre cause, car plusieurs affections donnent des douleurs voisines : fracture de fatigue d’un métatarsien, atteinte de la plaque plantaire, arthrite d’une articulation métatarso-phalangienne ou compression nerveuse plus haut située.

Quels traitements sans chirurgie ?

Le traitement conservateur donne de bons résultats dans une majorité de cas, à condition d’être mené avec constance. Le premier levier est le chaussage : des chaussures larges à l’avant, à talon bas, à semelle souple, suppriment la compression latérale qui entretient le problème.

Des semelles orthopédiques comportant un élément d’écartement placé juste en arrière des têtes métatarsiennes, souvent appelé barre ou appui rétrocapital, élargissent l’espace où passe le nerf. C’est le traitement mécanique le plus efficace, et il demande un réglage précis par un podologue. La kinésithérapie travaille la mobilité de l’avant-pied et la glisse du nerf. Une infiltration de corticoïde, guidée par échographie, réduit l’inflammation locale et procure souvent plusieurs mois de confort ; elle est répétée avec parcimonie, car les injections trop nombreuses fragilisent les tissus environnants.

Quand la chirurgie est-elle proposée ?

Elle intervient après plusieurs mois de traitement bien conduit sans résultat suffisant, chez une personne dont la marche reste limitée. Deux stratégies existent, et elles diffèrent par leur philosophie.

La première consiste à sectionner le ligament transverse qui forme le plafond du couloir, sans toucher au nerf. On rend de la place plutôt que d’enlever quelque chose, ce qui préserve la sensibilité des orteils. La seconde consiste à retirer la portion épaissie du nerf, geste appelé neurectomie, très fiable sur la douleur mais qui laisse une zone d’engourdissement définitive entre les deux orteils concernés. Cette insensibilité est en général bien tolérée, mais elle doit être annoncée clairement avant l’intervention, car c’est le point sur lequel les patients se disent parfois mal informés.

Comment se passe la récupération ?

L’intervention est réalisée en ambulatoire, sous anesthésie locorégionale. L’appui est autorisé rapidement, avec une chaussure de protection et le plus souvent une marche en évitant le déroulé complet pendant deux à trois semaines. La surélévation du pied les premiers jours limite nettement le gonflement.

La marche normale revient vers la troisième ou quatrième semaine, le sport d’impact vers le troisième mois. Il n’est pas rare que des sensations électriques persistent quelques semaines, le temps que le nerf, sollicité pendant l’opération, retrouve un fonctionnement stable. Une fois la cause mécanique corrigée et le chaussage adapté, le résultat est durable dans la grande majorité des cas.

Questions fréquentes

Le névrome de Morton peut-il disparaître seul ?

L’épaississement du nerf ne régresse pas spontanément, mais les symptômes peuvent devenir presque absents dès que la compression cesse. Beaucoup de personnes vivent sans gêne notable simplement en changeant de chaussures et en portant des semelles adaptées.

Faut-il éviter la marche et la course ?

La marche reste recommandée, à condition d’être pratiquée dans des chaussures larges et bien amorties. La course peut être maintenue si elle ne réveille pas la douleur, en réduisant temporairement le volume et en privilégiant les surfaces souples.

Les deux pieds sont-ils souvent touchés ?

L’atteinte bilatérale existe, mais reste minoritaire. Lorsqu’elle survient, elle témoigne le plus souvent d’une cause mécanique commune, comme un avant-pied large ou un chaussage inadapté, sur laquelle il est possible d’agir des deux côtés.

Cet article a une vocation informative et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé. En cas de brûlure ou de fourmillements persistants dans l’avant-pied, consultez votre médecin.

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